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Extrait: ...La maison dans le tournant
J'aurais voulu vous voir vieillie dans une maison chaude et embaumée de l'arrière-pays, un peu oubliée, éloignée, bâtie dans une courbe au dessus d'une route sans passage, vous vivrez là avec pour seule cour un vieux mari déposé et quelques voisins pensionnés, des rosiers, des arbres à soigner, une vie à éteindre, vous penserez alors aux époques de votre existence, et quelque fois vous me reviendrez par le souvenir et l'interminable patience que vous y apporterez lorsque vous vous promènerez seule dans votre campagne d'arrière saison, toujours il y aura chez vous encore ce remords de n'avoir point compris que votre destinée aurait pu n'être point lâche et droite mais un peu abandonnée, tournante et gauchie. Bien sûr il y aura ces parfums rassurants, reconduits, venus à votre rencontre, ces odeurs de Septembre et ce grand apaisement de l'âge mais cette petite pluie qui vous rattrapera, au tournant, et ces feux semés dans les taillis et cet arbre foudroyé et noir croisé chaque jour, oui tout de votre paysage familier deviendra une persécution ordonnée et lancinante, alors vous retournerez vers votre maison, maintenant trop grande et vide, au dessus du tournant et vous hâterez un peu plus le pas quand vous comprendrez que votre existence n'aura été qu'une conspiration, un complot contre ce que devait être votre vie et mon souvenir alors vous sautera au visage pour vous défigurer de rides...
In : « Une vie à éteindre » de L.Lagueulebée à paraître à l'Automne 2007 à L'UrbaineDesArts
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